Quand la fête devient résistance
Il y a des endroits dans le monde où faire la fête n’est pas juste un moment de détente.
C’est un acte politique.
Prenons le Carnaval de Rio.
Aujourd’hui, c’est le plus grand spectacle du monde. Des millions de personnes dans les rues, des couleurs partout, de la samba à fond.
Mais au départ, ce n’était pas qu’une question de plumes et de paillettes.
Le carnaval tel qu’on le connaît aujourd’hui est né au 18e siècle, d’un mélange improbable.
→ Les colons portugais ont apporté leurs traditions européennes : l’Entrudo, une fête où on s’aspergeait d’eau et de farine.
→ Les populations esclaves ont amené les rythmes africains, les tambours, la danse.
→ Les peuples indigènes ont ajouté leurs propres rituels.
Pendant longtemps, le carnaval restait une affaire de privilégiés. Des bals masqués pour la bourgeoisie.
Mais en 1888, l’esclavage est aboli au Brésil.
Et là, tout change.
Les populations afro-brésiliennes s’approprient le carnaval.
Elles en font un espace à elles. Un moment où les hiérarchies s’inversent.
Où ceux qu’on ignore le reste de l’année deviennent le centre de l’attention.
Ce n’est qu’en 1917 que la samba fait officiellement son entrée dans le carnaval.
Et dans les années 1930, les premières écoles de samba se créent.
Ces écoles, ce ne sont pas juste des groupes de danse.
Ce sont des lieux d’organisation communautaire. Des espaces où on se rassemble, où on crée ensemble, où on affirme son identité.
En 2023, une école de samba chante ces mots :
« Les Afriques que j’ai recréées, résister c’est la loi. L’art est une rébellion. »
Le carnaval de Rio, c’est ça.
Un moment où célébrer devient un acte de résistance.
Où la joie n’est pas une fuite, mais une façon de dire : nous sommes là, nous existons, et personne ne peut nous l’enlever.
L’histoire se répète, partout
Cette idée de la fête comme résistance, on la retrouve partout.
À toutes les époques. Dans tous les contextes.
Août 1969. Bethel, État de New York.
On est en pleine guerre du Vietnam. Des milliers de jeunes Américains sont enrôlés de force.
Quatre gars décident d’organiser un festival de musique.
Ils attendent 50 000 personnes. 500 000 débarquent.
Trois jours où des centaines de milliers de jeunes créent un monde à part.
Sans guerre, sans violence.
« 3 days of peace & music. »
C’était leur façon de dire non.
Pas en manifestant dans les rues. En dansant dans un champ.
Woodstock n’a pas arrêté la guerre.
Mais il a marqué toute une génération. Il a montré qu’on pouvait résister autrement.
2017 à aujourd’hui. Tombouctou, Mali.
La ville subit un blocus djihadiste depuis des années.
Les routes sont coupées. Les déplacements sont dangereux. La peur est partout.
Et pourtant, chaque année, les habitants organisent le festival « Vivre Ensemble ».
Musique traditionnelle, danse, culture.
C’est leur façon de dire : vous ne nous ferez pas taire.
Vous ne nous empêcherez pas de célébrer notre culture.
Deux époques. Deux continents. Deux contextes totalement différents.
Mais la même conviction :
Quand ça va mal, se rassembler et célébrer ensemble n’est pas de la naïveté.
C’est une forme de résistance.
Melantropia, le prochain Woodstock (ou presque)
Le cancer, ce n’est pas une guerre. Ce n’est pas de l’esclavage.
Mais c’est une épreuve qui bouleverse tout.
Qui isole. Qui fatigue. Qui fait peur.
Qui transforme les gens en « malades » avant de les voir comme des personnes.
Et face à ça, il y a deux options.
- Subir en silence.
- Choisir de célébrer quand même.
Melantropia, c’est ce deuxième choix.
Un festival de musique, de culture, de joie.
Pas 500 000 personnes comme Woodstock. Pas des millions comme Rio.
15 000 personnes. Un week-end à Yverdon-les-Bains.
Mais avec la même intuition que tous ces festivals avant lui :
Se rassembler et célébrer donne de la force.
100% des bénéfices sont reversés à 5 associations suisses qui luttent contre le cancer.
On ne changera peut-être pas le monde, mais on peut aider concrètement.
Melantropia ne prétend pas être une révolution.
C’est un festival qui crée un espace où on peut être autre chose que « malade » ou « proche de malade ».
On danse, on rit, on partage. La musique rappelle que la vie continue.
Un week-end en septembre. 15 000 personnes.
C’est déjà pas mal !