Tout le monde aime les chiffres ! Alors commençons avec eux.
Dans le monde, 1 personne sur 5 développera un cancer au cours de sa vie.
1 homme sur 9 et 1 femme sur 12 en mourra.
En Suisse, c’est environ 45 000 nouveaux diagnostics chaque année (un toutes les 12 minutes).
Et quand on ajoute les proches, les familles, les collègues, les amis…
On réalise que presque tout le monde est concerné, de près ou de loin.
Pourtant, parler du cancer reste difficile. Le mot lui-même semble parfois trop lourd.
Comme si le prononcer risquait d’attirer le malheur, ou de rouvrir des plaies.
On évite le sujet tant qu’on n’est pas concerné. Et quand on l’est, on ne sait pas vraiment comment en parler.
Comment le langage entretient ce tabou ?
En préparant cette newsletter, je suis tombé sur l’essai Illness as Metaphor de l’écrivaine américaine Susan Sontag.
Elle explique comment, depuis des décennies, on a entouré le cancer de métaphores guerrières :
On « combat » la maladie, on « mène une bataille », on « gagne » ou on « perd ».
À première vue, ces images semblent positives. Elles donnent de la force, du courage.
Mais elles ont aussi un effet pervers.
Parce que si l’on « perd la bataille », est-ce qu’on a manqué de volonté ?
Et si on « ne se bat plus », est-ce qu’on a abandonné ?
Cette manière de parler crée une forme de culpabilité silencieuse.
Elle oppose les « forts » et les « faibles », comme s’il suffisait de « tenir bon » pour guérir.
Et puis il y a l’autre versant : le non-dit.
On évite le mot « cancer », on parle de « maladie », de « problème de santé »…
Comme si nommer la maladie, c’était lui donner plus de pouvoir.
Même involontairement, ce langage entretient le tabou.
Il enferme les malades dans le silence, empêche les proches de savoir quoi dire, et rend toute conversation lourde et inconfortable.
Changer les mots, changer le regard
Le langage entretient le tabou. OK.
Mais du coup, on fait quoi ?
Susan Sontag proposait une idée que j’aime beaucoup : parler du cancer sans métaphore.
Ne plus en faire une guerre à gagner, ou une punition à porter avec héroïsme.
Mais une épreuve — parfois terrible, oui — qui fait partie de la vie, comme d’autres.
Revenir à un langage simple, humain.
Donner à chacun la liberté d’en parler sans devoir « être fort », « positif » ou « courageux ».
C’est dans cette lignée que s’inscrit Melantropia.
Créer un espace où les mots retrouvent leur sens.
Où la maladie n’est pas un combat, mais une expérience partagée.
Où l’on peut parler sans détours, sans devoir chercher les bons termes ou les formules qui rassurent.
Parce que changer la façon dont on parle du cancer, c’est déjà commencer à changer la façon dont on le vit.